Mais qu’est-ce que j’allais bien pouvoir en faire maintenant du corps de ma copine ? Là elle commençait vraiment à refouler et j’allais plus pouvoir squatter longtemps l’appartement. Je pouvais pas prendre le risque de me balader avec son cadavre pour aller le planquer quelque part, d’autant que rigide comme elle était y’avait pas moyen de la plier dans un sac marin ou une malle… Impossible quand même de me balader avec la Christine toute raide dans mes bras ! Quant à la laisser ici, avec mes empreintes partout c’était à coup sûr me faire condamner pour meurtre… Et puis je pouvais pas la bouffer en entier la môme ! Bordel tout d’un coup je me suis senti dans une sacrée merde… Qu’est-ce que j’allais faire pour essayer de m’en tirer ? Ça m’a pris le chou cette histoire, alors j’ai fait comme je faisais toujours dans ces cas là… je me suis attrapé une bouteille de raide, du Bourbon cette fois-ci, du Four Roses, et puis je me suis mis une bonne ligne d’héro dans une narine et une de coke dans l’autre. Après je suis allé dans le salon à côté de ma môme. Elle était allongée sur le canapé et elle regardait un truc à la télé… elle avait l’air bien, tranquille. Je me suis dit que finalement ça avait l’air assez cool la mort. En tout cas c’est un truc, une fois que ça t’est arrivé, tu dois rarement le regretter après. La coke était vraiment bonne… je m’en suis renvoyé une bonne ligne.

La décomposition commençait à faire son effet. Ça avait pas que des inconvénients, d’un côté la Christine elle commençait à dauber sérieux mais de l’autre elle retrouvait un peu de souplesse. En m’asseyant sur le canapé je me suis rendu compte que je pouvais à nouveau la manipuler un peu… Elle était encore raide, pas tout à fait la femme caoutchouc ma fiancée, mais je pouvais quand même lui bouger un peu les membres. J’ai allongé ses jambes sur mes genoux et tout en tisant mon Bourbon je lui caressais les pieds et je lui parlais. J’étais plutôt bien, comme si on était un gentil petit couple qui se fait un samedi soir tranquille devant la téloche. Je lui ai raconté l’histoire de la bourgeoise à la messe et ça l’a fait marrer, elle était pas du genre jalouse et puis elle savait que c’était d’elle dont j’étais amoureux. Je sais bien qu’elle était morte mais en même temps je l’entendais me parler…

Bon c’est vrai que plus je buvais, plus elle me parlait, mais je l’entendais quand même ! Ah putain j’étais vraiment bien là… je me suis renvoyé une ligne de coke. En fait Christine, c’était exactement la gonzesse dont j’avais toujours rêvé, gentille, cool, pas agressive, pas moqueuse ni preneuse de chou, et puis toujours dispo pour baiser ! C’était manifestement pas le genre à avoir mal à la tronche, ses ragnagnas ou à faire la gueule… Même pour la télé elle était pas chiante, je zappais et elle disait rien. C’était chouette une gonzesse comme ça ! Et puis quand je lui posais une question elle répondait exactement ce que j’avais envie d’entendre, en fait c’était une perle cette minette… Dommage qu’elle ait commencé à puer comme ça parce que moi je serais volontiers resté tout le temps avec elle. D’ailleurs je lui ai parlé de notre situation, je lui ai demandé ce qu’elle en pensait…

Est-ce qu’elle croyait qu’on allait pouvoir rester longtemps comme ça tous les deux ? Et son putain de corps j’allais devoir en faire quoi ? Elle m’a répondu qu’elle s’en foutait du moment qu’on restait ensemble, ça lui convenait. Et c’est là bordel que j’ai tout compris ! En fait c’était pas son cadavre qui me parlait, d’ailleurs sa voix c’est dans ma tête et pas dans mes oreilles que je l’entendais… Normal, puisque j’avais bouffé sa langue ! En fait c’est à l’intérieur de moi qu’elle parlait, en avalant sa langue j’avais avalé sa voix et désormais elle serait toujours avec moi. Quoi qu’il arrive à son corps on pourrait rester tous les deux. Elle allait survivre en moi, on resterait ensemble et on serait bien. J’allais pouvoir continuer ma route avec elle, on allait bien s’éclater elle et moi, et quand je crèverais elle crèverait avec moi… C’était mieux que le mariage ce truc là ! Ca tombait bien, j’en avais marre de traîner ma solitude et franchement je vois pas quelle meilleure compagne j’aurais pu trouver… J’avais gagné le gros lot avec cette gonzesse !

Je réfléchissais à tout ça pendant que la came montait, j’avais chaud, mes yeux tombaient lentement sur mes rêves, mon corps se détendait et en même temps grâce à la coke mon esprit était vif, je comprenais tout, j’étais le plus intelligent des mecs et personne ne pouvait me la faire à l’envers. Je me sentais bien, puissant, sûr de moi, fort… Plus je cogitais, plus ça me semblait clair, je vivais un truc exceptionnel que certainement peu de gens avaient vécus. Personne savait que si on mangeait quelqu’un il continuait à vivre en nous, d’ailleurs si ça s’était su ça aurait pas fait l’affaire des marchands de cercueils…

Dans plein de sociétés primitives le cannibalisme était une coutume assez habituelle, de l’Amazonie à l’Afrique on en trouvait des bouffeurs d’humains. Et puis même le Christ nous avait montré le chemin, seulement on avait dû se paumer en route et on avait oublié la vérité de son enseignement… On ne voyait plus dans l’eucharistie qu’un symbole, on n’avait rien compris. Putain que c’était bien la coke ! Ca me rendait vraiment intelligent, je comprenais des choses que j’avais même pas entrevues avant… Je me suis remis une grosse ligne dans le nez pour pas perdre le fil de mes pensées. J’ai parlé de ma découverte à Christine et elle a été fière de moi… j’étais vraiment malin pour piger si vite ! Mais puisqu’en bouffant sa langue je lui avais permis de continuer à me parler, il allait peut être falloir que je bouffe d’autres parties de son corps pour pouvoir encore mieux communiquer avec elle… Et puis si je bouffais ses yeux est-ce qu’elle allait se remettre à voir ou bien est-ce moi qui allais voir avec ses mirettes ? Ca marchait dans quel sens le truc ? Moi je voulais bien lui rendre service, lui permettre d’exister en moi, mais est-ce que c’était pas plutôt moi qu’allais exister en elle ? Parce que vu que son corps allait bien finir dans un trou ou dans la flotte, à un moment ou à un autre, j’avais pas tellement envie de voir à sa place… Ca devait pas être marrant la vue qu’on avait de l’intérieur d’une tombe ou du fond de la Seine ! Pareil pour ses oreilles… Je lui ai demandé conseil, mais là elle a été vache, elle m’a répondu de me démerder, comme quoi j’avais qu’à réfléchir… Ca m’a vachement gonflé sa réponse ! Merde, moi je faisais tout pour elle et elle refusait de me filer un coup de main… Voilà qu’elle se mettait déjà à être aussi salope que les autres…

Je me suis foutu dans un putain de pétard contre elle, je l’ai virée du canapé et elle s’est viandée la gueule par terre, et puis je lui ai envoyé deux ou trois coups de latte dans le bide. Faut pas faire chier quand même ! C’est toujours comme ça quand on est gentil avec une minette, faut qu’elle essaie de prendre le pas sur nous… J’ai compris qu’il fallait que je la mate tout de suite, que si je lui montrais pas qui était le patron rapidement elle allait prendre le pli de me gonfler. Je l’ai cognée encore un peu, mais elle disait plus rien… sacrément obstinée celle-là ! Après j’ai calmé le jeu, je me suis dit que j’y étais peut être allé un peu fort avec elle… c’est toujours comme ça avec moi, quand une gonzesse me gave je m’énerve trop vite et après je la dérouille. Pour pas avoir l’air de me dégonfler je lui ai dit qu’elle était punie et qu’elle resterait par terre jusqu’à ce qu’elle s’excuse et je me suis barré avec la bouteille de Bourbon. Je me suis assis dans la cuisine, avec ma boutanche et j’avais les boules, alors je me suis liché deux grandes rasades de raide pour me casser un peu la tête mais ça m’a pas fait trop d’effet… C’est le souci avec la coke, quand on en a pris on peut boire tout ce qu’on veut sans être bourré. Je me suis enfilé la fin de la gnôle d’un seul coup, il devait en rester un bon quart… Ca m’a réchauffé un peu l’intérieur et je me suis senti quand même un peu vaseux. Je sentais arriver une petite phase de déprime là, l’habituelle descente de coke, le moment où tu te sens mal, avec des raideurs dans la nuque, les muscles des mâchoires crispés et des idées pas cool qui te niquent la tête.

Putain c’était trop con, je m’étais senti tellement bien quelques minutes avant et là je me voyais filer au fond du trou…

A lire aussi dans le même genre...