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La (c)haine épisode 11
Je m’appelle Stan Horovitz, fils de Paul Horotivz et Tanya Horovitz. Je suis né le 5 octobre 1975 à Paris dans le 12e arrondissement et ma vie va prendre fin le 12 février 2010 sur le bord de l’autoroute A6 dans le sens Province Paris, je ne sais pas ou exactement. Peu importe à vrai dire. J’ai redouté ce moment toute ma vie sans jamais vraiment le matérialiser. Je m’imaginais plutôt une chambre d’hôpital avec une femme me tenant la main, ou encore une grande maison familiale avec des rires d’enfants au rez de chaussée. Mes petits enfants. J’imaginais une vie pleine, avec certes quelques regrets mais finalement accomplie, je me disais que j’allais mourir en étant quelqu’un qui avait fait quelque chose de tout ce temps que la vie lui avait confié. Mes jugulaires tambourinaient une mélodie que mon esprit parvenait à cadencer, je trouvais ça joli. Reposant. Il y avait il mort plus bête que celle là ? Surement que oui, mais ce n’était pas glorieux. Bonjour ? Comment es tu mort ? Ben je roulais tranquillement sur l’autoroute quand une remorque de hollandais est venue s’encastrer dans ma bouche. L’essence qui gouttait et l’odeur de fumée qui avaient envahi mon espace avaient éteint le parfum d’Emily qu’il pouvait rester sur l’écharpe. Je la cherchais en vain, comme un dernier moment, mon dernier moment. Voilà, je suis passé à coté, et pourtant j’aurais quand même suivi un chemin, peut être le mauvais mais ça aura été le mien, il n’y aura plus d’autres occasions d’être quelqu’un d’autre, toutes mes bonnes résolutions prises 200 kilomètres plus tôt vont rester lettres mortes. J’avais prévu de devenir un mec plus « cool », j’avais même prévu de rire. Tant pis.
Et puis ça s’est mis à parler Batave autour de moi, ça a crié, ça a pleuré, j’en ai conclu que je ne devais pas être très beau à voir (j’espère qu’ils ne pleuraient pas comme ça pour leur remorque, ça aurait été vexant).un homme s’est allongé pour tenter de m’apercevoir :
« My boy? Are you ok? Can you hear me? We have call firemen, they come quickly! Don’t worry…. And don’t move!”
Don’t move? Je me suis dit à cet instant qu’il n’avait pas évalué au mieux la situation, j’ai tenté avec ma main gauche de lui indiquer l’écharpe qui était soigneusement en train de faire son œuvre. Il finit par comprendre et infiltra ses bras dans l’habitacle pour tenter de me la retirer. Il y parvint. Mon corps libéré chuta lourdement contre le toit de la voiture renversée. Ma colonne fit un bruit de biscotte. Au mieux, je resterais paralysé. Mon nouveau meilleur ami déploya alors toute la force que des années de petits déjeuners copieux servis par sa mère puis par sa femme lui avaient octroyée pour m’arracher du véhicule. Il me traina sur plusieurs mètres pour m’allonger un peu plus loin, je ne sentais plus mes jambes, mais je respirais de nouveau. Que cet air était doux, j’avais un peu froid mais c’était supportable au regard de ma situation dix minutes plus tôt. J’ai essayé d’ouvrir les yeux, deux retraités me regardaient avec des sourires ébahis, il venait de me remettre au monde. La femme me caressa le front et l’homme se roula une cigarette. Mon sauveur. Il était parfait : la veste polaire zippée, la banane, je crois même avoir distingué l’étui d’un téléphone portable à sa ceinture. Il me tapota l’épaule puis alla récupérer ce qu’il était encore possible de récupérer dans la bouillie de sa remorque. Les pompiers sont finalement arrivés, sirène hurlante, ils ont dévalé le terre plein à toute blinde, ils m’ont presque fait peur.ils m’ont perfusé, examiné, sanglé, interpelé, questionné, fatigué. Je me suis endormi dans leur camion, ou évanoui je ne sais pas trop. Je me suis réveillé bien plus tard dans une chambre d’hôpital, seul. Mes hollandais n’étaient pas à mes cotés. La bonne nouvelle c’est que j’avais horriblement mal aux jambes, elles fonctionnaient. La mauvaise c’était la minerve qui maintenait mon cou et qui interdisait à ma tête tout mouvement. Ma tête était en morceau, j’avais la sensation que sans cette minerve, elle roulerait par terre. Mes doigts cherchaient désespérément à agripper le bipper pour alerter une infirmière. Après quelques secondes qui me parurent des jours, je parvins à l’actionner. Après quelques minutes qui me parurent des années, quelqu’un arriva. L’infirmière n’est pas un ange et ses yeux ne sont pas verts, c’est un infirmier.
«- Et bien Monsieur Horovitz ! On veut déjà nous quitter !
-Je suis où ?
-A l’hôpital Monsieur Horovitz, vous avez eu un accident sur l’autoroute, les pompiers vous ont amené ici hier midi.
-Ok…. Mais je suis où ?
-Je viens de vous le dire Monsieur, vous devriez dormir, il est trois heures du matin. »
Evidemment, on dort à trois heures du matin. Sauf quand on dort depuis midi quoi. Il vérifia ma perfusion puis quitta la chambre. Je n’étais pas plus avancé mais pas en état de l’appeler de nouveau pour lui demander plus d’informations. Bon, il parlait français, je devais surement être en France. Je me demandais où étaient ma voiture, et mon écharpe. J’aurais aimé qu’Emily débarque dans la chambre, avec des gâteaux. J’avais faim. Je préférais ne pas trop me poser de questions car je sentais que pour l’une des premières fois de ma vie, affronter quelque chose seul allait m’être compliqué. J’étais vivant après tout, fallait dédramatiser. J’allais retourner au bureau, revoir Mathilde, manger de nouveau à la Casa. Tout allait reprendre sa place.
J’avais des envies de communications, d’ouvrir mes mails, d’écouter mon répondeur, de regarder la télé. J’avais envie de sortir de moi, de quitter ce corps et cette âme cabossée. J’avais envie de parler. J’allais appeler mon ami infirmier, j’allais insister même, pour le faire venir plus vite.
« -Pourquoi vous bippez comme ça ?? Vous avez un souci ?
-J’aimerais savoir où je suis en fait
Je vous l’ai dit tout à l’heure ! À l’hôpital !
-Oui oui, d’accord mais y’a un paquet d’hôpitaux en France, j’aurais voulu une précision géographique quoi.
-Ahhhh, vous êtes à Lyon ! Vous avez fait la moitié du chemin quoi !
-Vous vous appelez comment ?
-Je m’appelle Serge Monsieur Horovitz
-Ben vous savez quoi ? Je vous aime bien Serge, vous êtes un type sympa, vous êtes un type sympa qui m’est sympathique.
-C’est gentil, je vais bien m’occuper de vous, vous allez voir.
-Vous pourriez me ramener des gâteaux ? Avec du coca ? Ou un truc dans le genre ?
-Non non non, impossible, pas de poids sur votre colonne avant demain soir. Et puis avec votre minerve je ne vois pas bien comment vous pourriez manger des gâteaux ! Vous allez vous mettre des miettes dans le cou !
-Par contre vous gardez vos blagues pour vieux, je crève de faim bordel.
-Ce n’est pas possible, je suis désolé, je vous laisse, bonne nuit, à demain.
-Connard….. Pardon, excusez-moi.
-C’est les médicaments, ça désinhibe, j’ai l’habitude, on m’insulte toute la journée.
-Je retire connard alors… bonne nuit Serge… »






Il a vraiment pas de bol lui! Même les infirmières sont des infirmiers!
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ah ah! J’ai bien cru que tu allais le laisser sur le bord de l’auto-route. Interessant ce que tu lui fais vivre. Je me demande ou tu veux en venir.
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on en veut encore!
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J’ai ri bien jaune avec ça : « J’avais prévu de devenir un mec plus « cool », j’avais même prévu de rire. Tant pis. »
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Très Beau :
« J’ai redouté ce moment toute ma vie sans jamais vraiment le matérialiser. Je m’imaginais plutôt une chambre d’hôpital avec une femme me tenant la main, ou encore une grande maison familiale avec des rires d’enfants au rez de chaussée. Mes petits enfants. J’imaginais une vie pleine, avec certes quelques regrets mais finalement accomplie, je me disais que j’allais mourir en étant quelqu’un qui avait fait quelque chose de tout ce temps que la vie lui avait confié ».
Très Bien :
« Bonjour ? Comment es tu mort ? Ben je roulais tranquillement sur l’autoroute quand une remorque de hollandais est venue s’encastrer dans ma bouche ».
Très drôle :
- Et puis avec votre minerve je ne vois pas bien comment vous pourriez manger des gâteaux ! Vous allez vous mettre des miettes dans le cou !
- Par contre vous gardez vos blagues pour vieux, je crève de faim bordel.
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Cet épisode n’est pas moins bien que les autres, Arnaldinho.
(Et ca ne veut PAS dire que les autres n’étaient pas bons !).
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Toujours aussi prenant……
Tu sais si bien exprimer les « ressentis »…surtout pour les Hollandais….. Non, pour le reste aussi, c’est tout simplement trop vrai….
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