Aujourd’hui c’est vendredi, et vendredi c’est ravioli. Mais qui sont donc ces petits êtres morts et carrés avec moulures (modèle frises romaines) sur le côté que l’on nomme communément « ravioli » ??
Déjà, ravioli est le pluriel de raviolo. J’ai vérifié sur wikipedia, notre référent scientifique à tous, mais de toute façon je le savais déjà.
Parce que.
Quand j’étais petite, nous allions tous les étés en Sardaigne avec Maman. Un jour, alors que je galérais un peu sur la plage pour inviter Alberto (un Sarde notoire) à jouer au scrabble avec moi, je suis rentrée en disant à ma mère que si elle voulait que l’on passe des vacances normales sans que je subisse de traumatisme psycho-affectif grave, il serait plus simple que je parle italien couramment. Ma mère, ancienne psychologue repentie mais pas bégueule (je sais, cette phrase ne veut rien dire mais je la trouve assez dynamique dans le récit), me répondit très sérieusement (ma mère est toujours très sérieuse, même quand elle déconne, ce qui n’aide pas toujours à comprendre quand elle déconne, ni à comprendre quand elle est sérieuse, ni à comprendre le monde et les autres en général, mais ça, j’en parle déjà avec ma thérapeute donc c’est bon) que pour parler italien, il suffisait de mettre un « o » à la fin de tous les mots masculins singuliers, un « i » à tous les masc. plur., un « a » à tous les féminins sing et un « e » à tous les fem. plur..
Pas plus bête qu’une autre, cela eut un effet immédiat dans mon esprit vif comme l’éclair: j’avais compris la règle, j’étais biligue fran/it/ – it/fran.
Cela eut un effet secondaire, quand, le lendemain, à la plage, je dis avec beaucoup de sérieux à mon camarade rital: « tu volio jouare a il scrabblo sur le sablo sotto il parasollo con mia ? ou tu prefero andareo dentro l’aqua mais quand même l’aqua e une pocca froida je trouva » (oui, j’avais quand même acquis une notion assez précise de la conjugaison et des adverbes, comme ça, à l’oreille, par pur talent). Malheureusement le pleutre n’y compris que nenni et je tenti de le noyer, outragée et toute empruntée de fureur, dans la mer glacée. (D’aucun diront que la phrase exacte aurait été: « vuoi giocare con me a Scarabeo sulla sabbia sotto l’ombrelonne? oppure preferisci andare in acqua, ma comunque trovo che l’acqua e’ un po fredda. » mais rassurez vous ce ne sont que d’affreuses médisances).
Je rentrai en 6e l’année d’après, et je pris allemand en 1ere langue puisque italien, c’était bon, je maîtrisais déjà. Malheureusement l’Allemand s’avéra extrêmement ardu, d’autant que ma professeur s’appelait Madame Rambo alors qu’elle mesurait 1m47 pour 32 kilos et qu’elle avait environ 87 ans (elle devait avoir un dossier béton contre le directeur, photos à l’appui, comme seuls les allemands ayant travaillé pour la Stasi savent faire, pour continuer d’enseigner comme ça impunément après l’âge légal); nous en conclûmes qu’elle ne pouvait en aucun cas, étant donné sa corpulence, être la mère du véritable Rambo (I,II, III, IV et V, le VI n’étant pas encore sorti à l’époque) mais qu’elle était plutôt sans doute son arrière grand mère, et que sa fille (la grand mère de S.Stallone, donc) s’était expatriée d’Allemagne aux Etats Unis pour ne plus avoir à subir cette langue atrocement complexe où il y avait un genre neutre incarné par l’horrible « das », et que ça, Rambo, il n’aurait pas supporté le neutre, parce que pour Rambo, soit t’es gentil, soit t’es méchant, soit t’es un homme, soit t’es une gonzesse, mais t’es pas neutre ok !!??
Bref, tout ça pour dire, après ce menu détour, et pour revenir au centre du sujet qui nous passionne, j’ai nommé les ravioli, que les ravioli Buitoni, on s’est toujours demandé si ce n’était pas un dérivé de nourriture pour chien mais enrobée dans des pates à moulures latérales (modèle frises romaines) parce que quand même, on est pas des chiens alors on se fait des petites portions individuelles avec moulures (modèle frises romaines) mais la farce est quand même identique, beurk.
Ce qui n’empêche que mon traiteur italien très chic de la rue des Pyrénées vend des ravioli; mais là ça n’a rien à voir, ce sont des ? ravioli frais ?, beaucoup plus cher, et pour prouver leur extrême valeur, il y a de la farine d’une ? blancheur pureté ? saupoudrée dessus. Du coup, quand j’y vais, je ne manque pas d’exprimer dans un italien parfait, avec un sourire complice à mon traiteur qui revit un peu la Toscane chaque fois que je passe la porte (même si, je l’avoue, j’ai une pointe d’accent sarde, résidu de mes voyages d’enfance bourgeoise et tellement simple à la fois): » Bonjourno Guido, volio oun raviolo al champignono, oun raviolo al jambonno, oun raviolo al fromagio et oune raviolo al calamaro… Ma nono Guido !! lo savo que tu non a de raviolo al calamaro !! Je-a déconna !!! tropo rigolo-o hein Guido !! « je peux vous dire que les petits bobos de la rue des pyrénées qui baragouinent à peine quelques mots d’anglais en restent babas de jalousie.
Mercia Mamana !!! (soit Maman en italien soutenu, pour les novices).
Et merci encore à toute l’équipe du Grand Bazart de m’avoir permis de dire autant de choses passionnantes (surtout sur les ravioli, qui est un sujet qui me tenait très à coeur).
Bons baisers de Jaurès.







rahh… c’est deja finito? Tu reviendras nous voir de temps en temps quand meme…
Sinon oui… l’italien… je me rappelle encore cette premiere rencontre prodigieuse avec la langue des romains dans un Fluide Glacial et l’histoire du pere qui colle au zoo s’porc de Jerzy (Es pericolosso sporgezi) ou un truc comme ca.
Vive les langues donc.
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