Je profite de cette Karte Blanche (même si Karte, normalement ça s’écrit avec un « c » mais bon passons, tout le monde ne peut pas avoir fait la Sorbonne) pour parler d’une artiste que j’aime bien et qui joue bientôt à Paris (parce que les provinciaux, on s’en fout ! Mais non j’rigole, elle joue aussi dans le sud la semaine prochaine tiens d’ailleurs), en février, le 19 très exactement au Scopitone, et le 22 à l’International (et pour les dates dans le sud, les ploucs, vous avez qu’à regarder sur son myspace si votre connexion internet est suffisamment puissante, mais non j’rigole).
Son nom de scène c’est Anything Maria, bon c’est vrai c’est un drôle de nom, surtout par temps de chanteuses à prénom ou à prénom + nom de famille pour les obsessionnelles de l’état civil (je vais pas vous faire la liste, vous n’aurez qu’à aller voir sur wikipedia ou dans les archives de Chorus).
Photo © Samuel Guigues
Après s’être appelée, entre autre, Rainer Maria, Satan Maria, Spill Maria, Mistress Maria, Lord Maria, Holey Maria, et j’en passe, elle a, comme une mise à mort dans l’acte final d’une pièce de théâtre antique, conclu ce parcours d’artiste en gestation par Anything Maria, qui, sans doute, rassemble le tout, ouvre, libère.
La chrysalide a éclos, et, croyez moi, on s’en prend plein la gueule.
Seule sur scène avec ce masque de maquillage blanc qui rappelle autant les orgies vénitiennes moites du XVIIIe que les mises en scènes fantomatiques de Peter Brook, la musique d’Anything Maria est aussi organique et froide (des boucles électroniques ouvrent le bal, précises et sans négociation), que sulfureuse et envoutante (les choeurs samplés, noyés dans d’abyssales reverbs, la répétition des thèmes jusqu’à la transe) mais les guitares sales et saturées qui s’y mêlent, sans parler de ce voile sur la voix, donnent la chair et le sang.
On pense à un cocktail jamais happy hour avec, en ingrédients: le groove sexuel de Peaches, le funamblisme par grand vent de Cat Power, les guitares plus arides que la Death Valley de PJ Harvey, et l’incitation à la pédophilie des sucettes à l’anis de France Gall par Gainsbourg.
Ce que j’aime, c’est sa façon d’être aussi présente en scène.
J’en ai fait des concerts, et j’en ai vu des spectacles d’artistes qui, dirait-on « vont au turbin », « font le boulot », et l’intermittence du spectacle, aussi génial et extraordinaire que soit ce système, n’aide pas toujours les artistes à se mettre véritablement en danger chaque fois qu’ils montent sur scène (mais ça c’est un autre sujet).
Ici. La fille joue sa vie à chaque note. Sensuelle, sexuelle même, elle danse, chante, crie et attaque sa guitare comme si la terre pouvait bien s’arrêter de tourner après; elle finit par se promener à 4 pattes entre les jambes du public, quand la scène le permet, mais ce n’est pas de la provoc d’adolescente, ce n’est pas du bluff (je déteste le bluff, j’ai un radar anti-bluff que l’armée américaine a installé dans mon cerveau après la guerre en Irak, et croyez moi, dans les salles de concerts parisiennes, il se déclenche si souvent que parfois je suis obligée de ne plus sortir pendant des semaines tellement ça me fatigue). C’est juste que, femme panthère, la musique la plonge dans une transe mystique, urbaine, et on ne sait pas bien si elle va frotter son joli corps cambré à votre jambe comme un chat docile ou vous mordre le mollet jusqu’au sang. Aussi enveloppante qu’inquiétante, la petite soeur de Blondie et Laurie Anderson a une dose de liberté qui agit en véritable catharsis sur nous, pauvre public…
Les refrains accrochent, les ponts surprennent quand on ne s’y attend pas, les envolées vocales dressent les poils et convoquent sans qu’on sache bien pourquoi les plus beaux moments d’émotion de « Sur la Route de Madison » d’Eastwood, tout comme la puissance tragique de Louise Brooks dans « Diary of a lost girl ».
Geek, toujours à l’affut de nouveaux (et anciens) sons, longtemps obsédée par la coldwave, puis le rockab et les musiques électroniques, mais aussi Ravel, Debussy, Kate Bush ou les Shangri Las, forte de collaborations avec Rhys Chattham, Lydia Lunch, Nitin Sawney et Ernie Brooks des Modern Lovers, la fille, entre Berlin, New York, Marseille et Paris, glane les idées, les émotions et les mélodies comme certains pondent des haikus: l’air de rien, le nez en l’air avec la nonchalance des gens pudiques. Mais avec une intensité si concentrée en son coeur qu’il suffit de s’y pencher un peu pour être pris au piège, et remettre le player au début quatre fois de suite comme quand on avait douze ans et qu’on découvrait « beat it » avec effarement.
C’est bête et presque méchant à dire, mais ça fait du bien, des artistes qui sont là parce qu’ils n’ont pas le choix; victimes, pourrait-on dire, de leur incapacité à dire les choses autrement que comme ça, avec des mélodies, des bruits de gorge, des infra-basses. Artistes malgré eux; Je respire mieux du fond de la salle.







Ouais, enfin, t’aurais quand même pu mettre le titre allemand de « Journal d’une fille perdue », ça aurait plus fait classe. On sent bien que là, tu veux te mettre au niveau des illettrés qui n’ont pas fait la Sorbonne, ça ne fait pas sérieux.
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Super article sur ta copine m’dame ! Ca donne vraiment envie d’aller la voir et la video nous le confirme…
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Je sais pas… elle a l’air d’avoir un bon projet mais j’accroche pas trop avec la voix. C’est clair que ca doit etre sympa de discuter avec elle…
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Liveinmarseille ne compte plus les chroniqueurs, ploucs certes, qui sont gagas devant elle.
voir les retours ici :
http://www.concertandco.com/artiste/anything-maria
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super plume! je suis allé écouter sur deezer et myspace, elle a des chansons très différentes, gros charisme – je trouve la voix fulgurante sur les ballades. vivement le live et les nouvelles chansons annoncées et l’éclosion de ce que l’on sent en germe
- on verra si c’est juste une copine:)
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