Quand je te dis que j’ai pris deux piges pour le Pascal, je te dis pas que je les ai faites… En fait ce qui s’est passé, c’est que j’ai été jugé par défaut sur cette affaire, c’est à dire que j’étais pas présent à mon procès parce que personne n’avait pu me signifier sa date  et me convoquer, vu que j’étais introuvable. Faut dire que j’étais bien planqué dans un endroit ou aucun flic de France pouvait me trouver… en prison !

Non je te jure, l’histoire elle est véridique, la police m’a déclaré introuvable, alors que je purgeais gentiment une peine pour une autre affaire… J’étais en semi liberté quand j’ai été jugé sur cette histoire de baffes (il a eu quand même une dizaine de fractures le Pascal…) et personne n’avait été capable de me trouver au centre où je rentrais dormir tous les soirs ! J’ai donc été jugé « par défaut » c’est à dire en mon absence et la loi dans ces cas là c’est que tu prends le maximum de la peine prévue par le Code Pénal…

En prison, j’y étais pour une belle escroquerie, un truc dont je suis fier parce qu’on a bien piné un établissement bancaire de plus d’un million d’euros, sans une baffe, sans une violence, presque en douceur… C’était vraiment une belle affaire mais je ne peux en parler que difficilement. En effet, même si j’ai été condamné pour cette embrouille, la prescription en matière de dettes civiles elle est de trente piges, et l’établissement en question, pour diverses raisons et en particulier parce qu’il voulait éviter la publicité, ne s’est pas porté partie civile et n’a jamais exigé le remboursement des sommes arnaquées. J’ai pas envie de le réveiller non plus et qu’il vienne tout d’un coup me présenter la facture… C’est pas dans mes moyens !

Pour te raconter un peu quand même, parce que l’histoire elle est belle, cet établissement on va l’appeler X… Y’avait encore à l’époque un système de chèques au porteur qui permettait, principalement à des ouvriers étrangers sans compte bancaire, de se faire payer avec une simple pièce d’identité une somme d’environ 300 euros (c’était 2000 francs à l’époque). C’est pas moi qui ai eu l’idée de l’arnaque, j’étais juste le second du « cerveau » de l’affaire… L’idée géniale qu’il a eue c’est de se rendre compte que les systèmes informatiques (c’était il y a vingt ans) ne débitaient les sommes payées à vue, du compte de la société émettrice , qu’au bout d’une semaine, le temps de tout centraliser… On pouvait donc tirer sur un compte ouvert et modestement approvisionné autant qu’on voulait pendant sept jours, avant que ça bouge ! Et tirer du cash… immédiatement dans la fouille !

On a donc monté une société bidon de travail intérimaire, avec une adresse dans une boîte de domiciliation, un gérant avec une identité balourde (c’était ma pomme), des bureaux loués à la journée pour recevoir les quelques rendez-vous qu’on devait avoir, un compte en banque de société avec des fafs balourds, et on a commandé 2000 formules de ces chèques à vue. Il suffisait de les remplir d’une somme de moins de 300 euros et d’aller les faire toucher dans tous les établissements X de Paris et de banlieue par une vingtaine de mecs qu’on avait recrutés et à qui on avait fourni de faux fafs…

On avait une semaine pour dépouiller le compte sur lequel on avait mis quelques milliers d’euros… On a organisé les mecs en cinq équipes de quatre, on a acheté des voitures, repéré l’adresse de tous les établissements X de la région, fait des plans pour chaque équipe avec le trajet quotidien pour qu’elles fassent une vingtaine d’agences par jour et on les a envoyées se faire remettre 3OO euros chacun dans autant d’agences qu’ils visitaient… Tous les soirs ils ramenaient la comptée, et y’avait 10 % pour eux. 20 mecs qui vont dans 20 agences récupérer chaque fois 300 euros chacun, ben tu fais le compte d’une journée de "travail"…

On a mis quatre mois à organiser le truc, on a vraiment chiadé l’affaire. Faut dire que l’organisateur c’était un bon, un très bon… un vrai escroc professionnel, mais avec une bonne mentalité, une vraie parole, ce qu’il disait c’était du béton, seulement fallait faire gaffe avec lui à poser les bonnes questions, parce que ce qu’il avait pas dit, si tu avais pas pensé à demander, ça pouvait te revenir dans la gueule… Et en plus il connaissait du monde pas commode, très dangereux même ! Mais il était pas dans le rapport de force s’il te prenait en amitié, et je crois que de l’amitié il en avait pour moi, en tout cas quand les choses ont mal tourné, et elles sont parties en couille à un moment, il s’est aussi bien tenu avec moi que je me suis tenu avec lui. J’ai fait du trou, mais son nom n’a jamais été prononcé dans la procédure, et il m’a assisté jusqu’au bout, il a payé l’avocat et la caution pour que je sorte en « provisoire » et il a aidé ma gonzesse à tenir le choc… Un vrai mec bien celui-là !

Elle est pas belle la vie ?

Tiens et puis pour conclure, deux évocations que j’aime bien de l’artiche, du cash, du flouze, des pépettes, du pognon, des lovés, de la fraîche, des caillasses, de l’oseille, du fric, des talbins, de la mitraille, des biffetons… de la sauce quoi !

 

et

 

Deux videos pour le prix d’un clic, avoue que t’es gâté au Grand Bazart ! Mais avoue j’te dis ! Fais pas ta forte tête, avoue ou j’vais chercher la perceuse…

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