Je n’ai jamais cherché à être écrivain
L’écriture s’est imposée à moi et m’est apparue telle une évidence
Je parlerai donc de survie
Pour rester en vie il fallait que j’écrive
C’était soit ça soit la noyade dans l’Elorn
J’ai choisi d’écrire
Peut-être qu’un jour l’écriture ne pourra plus rien pour moi et alors je me suiciderai
Je n’en suis pas encore là – - -

Adolescente, je trouvais magique la voix de Whitney Houston
Je me disais alors que j’aurais aimé pouvoir chanter comme elle
Mais jamais lorsque je lisais Rimbaud ou bien encore Kerouac me suis-je dis que j’aimerais écrire comme eux
Je n’ai jamais pensé être écrivain

Enfant super timide, toujours seule et isolée, toujours cachée sous les jupes de ma mère, toujours on me disait : « t’as perdu ta langue ? »
C’est quand j’ai appris à écrire que je me suis dis que l’écriture était un moyen intéressant pour m’exprimer
J’avais perdu ma langue
Je ne disais jamais rien
Mais j’adorais écrire, avoir la plus belle écriture de toute la classe et inventer des histoires
J’ai donc sur papier inventé des histoires
Je me suis réinventée
Un milliard de nouvelles vies mais surtout oublier la mienne
Surtout ne jamais laisser transparaître que j’écrivais sur moi
Partir de moi, de mes mains, de ma plume mais que personne ne comprenne, que personne ne fasse le rapprochement avec moi
Si je devais définir aujourd’hui ma façon d’écrire, je dirai ça, oui – - -
Ecrire sur moi mais tourner la sauce de façon à ce que ça parle de tout, sauf de moi

On m’a vite comparé à Kerouac parce que j’écris il est vrai super vite ; aussi à Bukowski, à Selby et très souvent à Sarah kane
C’est amusant, je n’avais lu jusqu’alors aucune pièce de Sarah kane
J’ai donc lu «  4 :48 psychose » par curiosité. Et là je me suis dis : « vous me comparez à elle, mais elle veut mourir et moi, c’est tout le contraire, je veux vivre ! »
C’est quand j’ai lu « Manque » que j’ai compris.

J’écris haché. Encore une fois c’est pour tromper le lecteur et lui donner une super migraine dont il s’en souviendra pendant longtemps. Mon écriture c’est comme un puzzle. Il faut trouver la pièce manquante. Ma faille. Mon miroir. Faut me trouver, en fait.

Et puis aussi je me plais à cultiver l’art de la rupture – Dixit Nadine Bellion- .
C’est-à-dire que j’aime parler (écrire) d’un truc super grave et presque « philosophique » pour ensuite enchaîner avec une phrase très conne, qui n’a rien à voir avec l’idée précédente.

Exemple :
«  Pour moi, la vie ne peut rimer qu’avec la mort/ Désolée vraiment, mais mis à part la moutarde avec les spaghettis, je n’aime pas grand’chose »

Un de mes écrivains préférés est Virginia Woolf. Pour moi elle est la plus talentueuse.

Mes lecteurs ne savent pas toujours si ce que j’écris est réel ou factice
Je répondrai à cela que tout est réel.
J’écris comme un peintre peint.
Mes mots sont des couleurs.
Ce n’est pas parce que j’écris sur l’inceste que j’ai été violée.
Ce que je ressens alors est aussi fort et dur que l’inceste.
J’ai donc une écriture de sensations.

Et puis ma vie n’appartient qu’à moi. Je parle de ma vie d’écrivaine.
J’écris beaucoup de conneries. Les gens ont de suite une image de moi qui ne reflètent pas forcément la vérité.
Je me suis vraiment aperçue de cela au théâtre en mai dernier.
Et oui je suis une jeune femme presque normale. Presque.

Tu peux tout écrire sur une feuille de papier. Tu peux tuer ton père, ta mère, tailler une pipe à ton propre frère, te faire sauter la cervelle …
Tu peux vraiment tout écrire.
La feuille ne te tuera jamais.
L’écriture n’appartient qu’à toi. La vérité ; il n’y a que toi à l’avoir.
C’est pour cela que je ne pourrai plus jamais cesser d’écrire. Parce que l’écriture me laisse libre… Me laisse en vie.

J’écris vite parce que j’ai peur de mourir demain d’une rupture d’anévrisme toute seule chez moi comme une conne
Alors j’écris comme vache qui pisse pour être sûre d’avoir le temps de tout dire.

Je suis très sensible. Très à fleur de peau.
Mes mots sont comme mes bébés. J’en parle en y versant une larme. C’est con !
Sagan a écrit : "Je ne sais pas vraiment pourquoi on écrit,je crois qu’on écrit pour trois ou quatre personnes qu’on aime et qui vous croient forte et qui ne savent pas que d’un mot ils peuvent vous mettre à terre"(Sagan)
C’est vrai.

J’écris toujours en musique.
J’écris tout le temps.
J’écris dans ma tête.
J’écris sur ce que je vois, entends, ressens. Je m’imprègne de vos vies en permanence.

Un jour, j’ai été victime d’harcèlement moral à mon travail. J’étais si mal que je suis rentrée chez moi pendant la pause déjeuner. J’ai écris en vingt-sept minutes un texte qui fait partie de mon premier recueil «  Laisse la porte fermée en entrant » et qui évoque justement l’harcèlement moral. En fait, aucun de mes lecteurs n’y avait fait le rapprochement.

J’écris sur quoi ?
Sur moi. Sur vous. Sur la vie. Sur la mort. Sur la nuit. Sur l’errance.

Les symboles que j’utilise : …/… ou bien – - – sont juste là pour me permettre de classer mes idées dans ma tête.

Je souffre de vertiges, de migraines, d’épistaxis.
Et puis j’ai peur tout le temps.
J’adore le métro ; je le trouve très inspirant.
Mais il me fait peur et me donne des pulsions morbides.

Paris : une ville des plus magiques au monde.
Il y a une énergie fabuleuse.

Je ne lis pas les écrivains français contemporains. Leur écriture ne me touche pas. Juste peut-être celle d’Amélie Nothomb.

Lorsque je peaufine mes mots emmagasinés durant toute une journée ; je suis chez moi et seule.
Je suis à ce moment- là plus moi-même. Mon cerveau dérape. Je dérape.
Etat second. Etat de transe. Je bascule.
Un jour je me suis prise en photos durant un instant comme celui-ci. Le lendemain en les regardant je ne me suis pas reconnue. J’ai de suite supprimé toutes les photos.C’est cela qui me fait peur dans l’écriture.
J’ai très peur de perdre la tête.

Et oui, j’écris uniquement en musique. Mes références vont de Soap and Skin au Velvet Underground en passant par Nico, Yann Tiersen et Rougge.

Mon dernier recueil : « Ne pas descendre sur la voie danger de mort » a été écrit en trois heures en écoutant en boucle un titre de Soap and Skin. Je n’avais jamais vécu quelque chose de similaire.

J’aime les échanges artistiques.
J’adore la photographie, la danse.
Donner un autre corps que le mien à mes mots/maux.

Je ne montre que très peu de photos de moi. Il y a l’écrivain. Il y a Solenn.

J’ai besoin de cette différenciation.

Pour autant, au Théâtre Les Déchargeurs, il y a eu quinze représentations. Chaque soir j’étais là ; à la même place.
Je ne pourrai pas vous expliquer pourquoi.
J’en avais besoin, tout simplement.

Je n’ai pas lu de vive voix mes textes.
Je n’en suis pas capable.
Je ne veux pas mettre à nue ma sensibilité.
Et puis je crois que chacun son travail.
L’auteur écrit, le comédien lit.
C’est comme si j’allais jouer du piano ?

Il y a près de deux mille trois cent textes sur mon blog myspace.
C’est grâce à MySpace que je me suis faite connaître et j’en suis très fière.
C’est sur MySpace que j’y ai rencontré mes comédiens, mon musicien …
MySpace a réellement changé ma vie.

Mon dernier recueil est juste horrible.
C’est un recueil destiné à être joué au théâtre.
Il n’y a aucun espoir.
Je me suis totalement lâchée comme on m’avait conseillé.
C’est très dur, très choquant.

Je sais que je serai publiée.
Quand je ne sais pas.
Quand je serai prête, j’imagine.
Pour l’instant je ne le suis pas.

Les gens peuvent faire très mal.
Je veux me préserver.

J’écris comme je respire. Par saccades et comme si j’allais étouffer. Mais cela ne me dérange pas.
C’est ma vie.
C’est moi.
Merci de m’accepter tel quel.

Solenn Fresnay

28 ans

Retrouvez Solenn Fresnay sur MySpace :www.myspace.com/solenn.fresnaywww.myspace.com/mystery_is_a_butterfly

 

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