A force de se fréquenter avec Robert, on avait commencé à parler de faire du bize ensemble…

D’autant que j’avais un bon réseau de distribution, mais un souci d’approvisionnement… En effet, le mec qui me fournissait en Thaïlande avait eu la mauvaise idée de se faire assassiner. On peut jamais compter sur personne ! Et puis son associé avait repris son bize mais ça marchait moins bien… les délais étaient pas tenus, la qualité non plus.  Donc je cherchais une autre source, et Robert était branché avec des Marseillais dont il vantait le sérieux…  Il s’était aussi acoquiné avec Pascal, un autre mec que je sentais mal, mais dont il m’assurait qu’il était super réglo… C’était un grand gars, beau mec, qu’avait pas vraiment une gueule de voyou mais qui se la jouait quand même beaucoup. A l’écouter il était plein de principes, d’honneur, de règles… et ça je me suis toujours méfié des lascars qui te racontent pendant des heures que « eux » ce sont des épées, droits comme une lame, qu’ils ont qu’une parole etc. Je trouve ça suspect ce besoin d’affirmer ses qualités… si on en a, le mieux c’est de laisser aux autres le temps de les découvrir.

Les mecs qui te disent tout le temps qu’ils sont pas des balances, qu’ils se feraient tuer plutôt que de trahir un ami et toutes ces conneries, ça me semble avoir un putain de goût de déni comme diraient nos copains psy ! Par contre le Pascal, sans dire que c’était un chimiste, il avait quelques connaissances bien utiles. C’est lui qui m’a appris à déterminer le degré de pureté de l’héroïne en calculant le point de fusion. Je t’explique si ça t’intéresse, au cas où tu voudrais te mettre dans le bize un jour, ça peut servir… Il est pas gentil le Batdaf quand même ? Le point de fusion, c’est la température à laquelle un solide change d’état, fond… Donc quand tu connais la température exacte à laquelle doit fusionner un solide, l’héroïne en l’occurrence, il te suffit de faire chauffer la poudre dans une éprouvette et de prendre la température au moment où elle brûle pour avoir une idée de sa pureté. Bien entendu il faut aussi prendre en compte la nature du produit avec lequel elle a été coupée, mais plus la fusion se fait à basse température moins la qualité est bonne… Tu as aussi des révélateurs qui réagissent en changeant de couleur au contact du produit… plus la couleur est soutenue, plus le produit est pur…

Pour faire un peu le point sur nos projets, on était partis passer le week-end dans la maison de famille de Pascal, aux environs de Montpellier. C’était une belle baraque perdue dans les vignes où vivaient sa mère et celui qu’on appelait le beau-père mais qui faisait plutôt figure de micheton qu’autre chose. Y’avait Robert et sa femme Cathy (une tapineuse), Philibert qui était en train d’apprendre la table de multiplication par un, Pascal et moi. Je ne sais pas si la maîtresse de maison était complètement conne où si elle avait rien compris à la vie de son fils, mais elle nous a reçus comme une grande bourgeoise accueillant des membres du Rotary ! Une des premières questions qu’elle m’a posées, entre l’orangeade et les petits fours, c’est « et vous faites quoi dans la vie ? » comme je savais pas si c’était mieux de répondre dealer, braqueur ou escroc, j’ai marmonné « chômeur »… Alors elle s’est adressée à Robert puis à Philibert qui se sont alignés sur ma diplomatique réponse. Elle commençait à trouver que le marché du travail était vraiment très difficile pour les jeunes, ce à quoi nous opinâmes avec un bel ensemble faux-cul, quand elle posa la même question à Cathy qui lui répondit sans sourciller qu’elle était dans les relations humaines ! Elle était enfin rassurée sur les relations de son fils chéri… C’est beau l’amour maternel !

On a passé le week-end à discuter entre « hommes » c’est à dire à monter des plans foireux en se rêvant un fabuleux destin… On envisageait aussi à l’époque de nous lancer dans la fabrication de fausses pièces de 10 francs. On était juste avant que sortent les pièces bicolores, jaunes avec un centre blanc… c’était un bon bize parce que assez facile à faire et beaucoup moins dangereux que les faux biffetons. En effet, les talbins balourds c’est de la fausse monnaie et quand tu te fais choper ça cogne très fort, tu prends des quinze à vingt piges comme un rien quand t’es fabriquant, alors que les pièces bidons, c’est de la fausse médaille et le tarif est beaucoup moins lourd. Tu cours pour deux à cinq piges si tu te fais attraper et c’est vachement plus raisonnable. En plus c’est pas compliqué à fabriquer, il faut un bon graveur pour reproduire les deux faces et après t’as qu’à acheter le métal, le découper et l’emboutir… ça demande un peu d’investissement au niveau machines, mais c’est en fait pas très compliqué. Le plus gros problème c’est le poids et le volume…

Enfin, tu voudrais quand même pas que ça soit simple la malhonnêteté !

Elle est pas belle la vie ?

A lire aussi dans le même genre...